A comme AI (ou IA !) : comment fonctionne vraiment l’intelligence artificielle en généalogie ?

On commence ce Challenge AZ en entrant directement dans le vif du sujet ! Et oui, je l’avoue tout de suite : je triche un peu. Pour la lettre A, j’ai choisi AI, l’abréviation anglaise d’Artificial Intelligence… notre bonne vieille IA en français !

Tu me diras : « Encore l’IA ? Tu en parles souvent ! » et c’est vrai ! J’ai déjà beaucoup écrit sur les risques, sur le RGPD, sur les bonnes pratiques. Mais il y a une question qu’on se pose rarement, et qui change pourtant tout : comment fonctionne vraiment l’intelligence artificielle en généalogie ?

Dans cet article, je vais t’expliquer simplement ce qui se passe « sous le capot », pourquoi une IA peut te donner des réponses différentes d’un jour à l’autre, et pourquoi, pour certaines activités généalogiques, il vaut mieux utiliser une IA locale ou être sûr·e de l’outil que tu utilises. C’est parti !

Petit rappel avant de commencer

Avant d’entrer dans la mécanique, je te remets les trois réflexes essentiels dont je parle souvent :

Si tu veux creuser ces sujets, tu peux relire mes articles sur les risques de l’IA en généalogie et sur le RGPD

Maintenant que c’est dit, ouvrons la boîte noire !

Comment fonctionne une IA comme ChatGPT, Claude ou Gemini ?

Une IA ne « sait » pas : elle prédit

C’est LE point le plus important de cet article, alors je le mets en gras : une IA conversationnelle ne cherche pas la réponse dans une base de données. Elle prédit la suite la plus probable d’un texte.

Ces outils reposent sur ce qu’on appelle des modèles de langage (ou LLM, pour Large Language Models). Pendant leur entraînement, ils ont « lu » des quantités gigantesques de textes : livres, sites web, articles, forums… À force, ils ont appris comment les mots s’enchaînent les uns aux autres.

Quand tu lui poses une question, l’IA construit sa réponse mot après mot, en choisissant à chaque fois celui qui a le plus de chances de venir ensuite.

Exemple : si tu écris « Mon arrière-grand-père est né en 1892 dans un petit village de… », l’IA va proposer une suite plausible. Mais plausible ne veut pas dire vraie !

Pourquoi c’est crucial en généalogie de connaitre son fonctionnement

Imagine que tu demandes à une IA : « Qui étaient les parents de Jean Martin, né à Rodez en 1845 ? » L’IA n’a pas accès aux registres de l’état civil de l’Aveyron (sauf si elle fait une recherche web, et encore, je t’en parle après). Elle va donc fabriquer une réponse qui ressemble à une vraie réponse : des prénoms courants à l’époque, une profession crédible… On appelle ça une hallucination. Et c’est là le piège : la réponse est bien écrite, cohérente, convaincante… et totalement inventée.

Mon conseil : ne demande jamais à une IA de trouver tes ancêtres. Demande-lui plutôt de t’aider à travailler sur ce que tu as déjà trouvé.

Et les IA qui cherchent sur le web, alors ?

Tu te dis peut-être : « Mais attends, certaines IA vont chercher sur Internet ! Elles ne peuvent pas trouver mes ancêtres, du coup ? » Excellente question !

Comment ça marche ? Oui, de plus en plus d’IA savent faire une recherche sur le web avant de te répondre. Le principe est assez simple :

  1. l’IA transforme ta question en requêtes de recherche, un peu comme tu le ferais sur Google
  2. elle lit les pages qu’elle trouve
  3. elle rédige une synthèse à partir de ce qu’elle a lu
  4. et, dans le meilleur des cas, elle te donne les liens vers ses sources

Parmi les plus connues :

Et c’est vrai que c’est un vrai plus : l’IA s’appuie alors sur des pages réelles et plus ou moins récentes, et non plus seulement sur sa mémoire d’entraînement.

Mais attention, en généalogie, ce n’est pas magique

Bonne nouvelle et mauvaise nouvelle… Même avec la recherche web, l’IA ne remplacera pas ta recherche dans les archives. Voici pourquoi :

Exemple : si tu cherches un « Pierre Dubois né vers 1780 dans l’Yonne », l’IA risque de fusionner trois Pierre Dubois différents trouvés sur trois arbres en ligne. Le résultat aura l’air parfaitement logique… et sera faux.

Comment bien l’utiliser ?

La recherche web par IA est très pratique pour tout ce qui tourne autour de tes ancêtres :

Mon conseil : clique toujours sur les sources ! Une réponse sans lien vérifiable, c’est une piste, pas une preuve. Et garde en tête que ta question, elle aussi, part sur Internet : n’y glisse pas d’informations sur des personnes vivantes.

Ce que l’IA fait vraiment bien pour les généalogistes

Bonne nouvelle : une fois qu’on a compris ce fonctionnement, on voit tout de suite où l’IA brille. Elle est excellente pour travailler sur du texte que tu lui fournis :

Tu remarques le point commun ? C’est toi qui apportes l’information, l’IA t’aide à la traiter.

Pourquoi l’IA ne te répond pas toujours la même chose ?

Tu l’as peut-être déjà remarqué : tu poses exactement la même question deux fois, et tu obtiens deux réponses différentes. Ce n’est pas un bug ! Il y a plusieurs raisons à ça.

1. Une petite part de hasard

Quand l’IA choisit le mot suivant, elle ne prend pas toujours le plus probable. Elle s’autorise une petite part d’aléatoire pour rendre ses réponses plus naturelles et variées. Résultat : deux réponses à la même question ne seront jamais tout à fait identiques.

En généalogie, c’est une bonne raison de se méfier : si une date ou un nom change d’une réponse à l’autre, c’est souvent le signe que l’IA « invente ».

2. Le contexte de la conversation

L’IA tient compte de tout ce que tu lui as dit avant dans la même conversation. Si tu lui as parlé de ta famille bretonne dix messages plus tôt, ça peut influencer sa réponse sur une toute autre question. Mon conseil : pour un nouveau sujet, ouvre une nouvelle conversation. Tu repars sur une base propre.

3. Les modèles évoluent

Les entreprises qui développent ces IA mettent régulièrement à jour leurs modèles. Un prompt qui fonctionnait parfaitement il y a six mois peut donner un résultat différent aujourd’hui, en mieux… ou parfois en moins bien !

4. L’accès (ou non) à Internet

Comme on l’a vu, certaines IA peuvent faire des recherches sur le web avant de répondre, d’autres non. Et chaque modèle a une date limite de connaissances : il ne connaît pas ce qui s’est passé après la fin de son entraînement, à moins d’aller chercher l’info en ligne, et si le site a été mis à jour, il ne connait peut-être pas sa dernière version !

IA en ligne ou IA locale : laquelle choisir pour ta généalogie ?

On arrive au cœur de ce que je voulais te partager aujourd’hui. Parce que toutes les IA ne se valent pas quand il s’agit de tes données familiales.

Ce qui se passe quand tu utilises une IA en ligne

Quand tu utilises une IA comme ChatGPT, Gemini ou Claude dans ton navigateur, ton texte quitte ton ordinateur. Il est envoyé sur les serveurs de l’entreprise, traité là-bas, puis la réponse te revient.

Concrètement, ça veut dire que :

Pour la plupart des usages (« explique-moi ce qu’était un laboureur au XVIIIe siècle »), ce n’est pas un problème. Mais pour certaines activités, il vaut mieux réfléchir à deux fois.

Les activités généalogiques où la prudence s’impose

Voici les situations où je te conseille une IA locale ou un outil dont tu maîtrises parfaitement les réglages :

Ces informations ne t’appartiennent pas entièrement : elles appartiennent aussi aux personnes concernées. Les envoyer sur un serveur distant, c’est prendre une décision à leur place.

C’est quoi, une IA locale ?

Une IA locale est un modèle de langage qui tourne directement sur ton ordinateur, sans connexion à Internet. Tes données ne sortent jamais de ta machine. Pour la confidentialité, c’est l’idéal !

Il existe aujourd’hui des logiciels gratuits qui permettent d’en installer une assez facilement, comme LM Studio, Ollama ou GPT4All. Mais je veux être honnête avec toi, il y a aussi des contreparties :

Si le sujet t’intéresse, dis-le-moi en commentaire : je pourrai te préparer un tuto pas à pas pour installer ta première IA locale !

Et si tu restes sur une IA en ligne ?

Pas de panique, tu peux tout à fait continuer à utiliser les IA en ligne en adoptant quelques bons réflexes :

Mon conseil : pose-toi toujours cette question avant d’envoyer quelque chose à une IA : « Est-ce que la personne concernée serait d’accord ? » Si tu hésites, anonymise ou passe en local.

Ce qu’il faut retenir sur l’IA en généalogie

Pour cette première lettre, voici l’essentiel :

L’IA est un outil formidable pour la généalogie et la transmission, à condition de comprendre comment elle fonctionne. Et maintenant, c’est ton cas !

Et toi, tu utilises déjà l’IA pour tes recherches ? Plutôt en ligne ou en local ? Raconte-moi tout en commentaire… et rendez-vous demain pour la lettre B ! 🔤