L’IA en généalogie : un outil puissant mais imparfait, comment bien l’utiliser ?

Il y a quelques jours, j’ai partagé un post sur Notebook LLM, et les réactions ont été nombreuses ! Entre messages privés, questions, enthousiasme et inquiétudes, j’ai réalisé que ce sujet avait toute son importance.

Alors aujourd’hui, je veux te partager ma vision de l’IA en généalogie, en toute transparence. Parce que oui, l’IA est un outil révolutionnaire, mais comme Internet il y a 30 ans, elle a ses forces… et ses faiblesses. Et surtout, elle a des biais. Des biais qui peuvent influencer tes recherches si tu ne les connais pas !

Pour moi, l’IA, c’est comme une lampe torche dans une pièce sombre : elle éclaire des zones que tu ne vois pas, mais elle ne remplace pas tes yeux, ton intuition, ni ta patience. Alors, comment l’utiliser sans se faire avoir ? Comment traiter les données qu’elle te propose ? Je te dis tout dans cet article.

Pourquoi l’IA est-elle biaisée ?

L’IA, c’est un peu comme un élève qui aurait appris ses leçons en dévorant des milliers de livres, d’articles et de documents. Sauf que ces « leçons », ce sont des données — des montagnes de données — qui lui ont été fournies pour qu’elle apprenne à répondre aux questions. Le problème ? Ces données ne sont pas neutres. Elles reflètent les informations disponibles, les choix des personnes qui les ont sélectionnées, et même les lacunes ou les préjugés de notre société.

Comment ça marche concrètement ?

Les intelligences artificielles comme ChatGPT ou Mistral sont entraînées sur des bases de données gigantesques. Mais ces bases ne couvrent pas tout de manière équilibrée. Par exemple, ChatGPT a surtout été nourri avec des textes en anglais, souvent issus de sources américaines ou européennes. Résultat : il connaît mieux l’histoire des États-Unis que celle du Sénégal. Mistral, de son côté, a été conçu avec une attention particulière pour la francophonie, ce qui peut influencer ses réponses sur des sujets liés à la France ou à l’Afrique francophone. Ces différences créent des biais géographiques, culturels, voire historiques.

Le piège du « prompt précis = résultat précis »

On entend souvent dire : « Si tu poses une question précise, tu auras une réponse précise. » Je suis d’accord avec ça, c’est même un conseil que je donne en conférence sur le sujet… Mais, on doit se rendre à l’évidence, lui écrire un prompt précis, c’est déjà un biais ! Pourquoi ? Parce que la précision de ta question ne garantit pas l’exactitude de la réponse. L’IA va puiser dans ce qu’elle connaît — et si ses données sont incomplètes ou déséquilibrées, sa réponse le sera aussi, sans compter le fait qu’avec les précisions dans le prompt, tu la guides déjà, et donc tu la biaises.

Exemple : Si tu demandes à une IA de trouver des informations sur un ancêtre alsacien, elle te donnera des résultats basés sur les archives numérisées disponibles… mais si ces archives sont moins complètes pour l’Alsace que pour l’Île-de-France, ses réponses seront moins fiables. Pire, si les données contiennent des erreurs (un prénom mal orthographié dans un registre, une date approximative), l’IA peut les reproduire sans sourciller.

Un autre biais : l’oubli des minorités

Les outils d’IA ont tendance à mieux « comprendre » les sujets les plus documentés. Si tu cherches un ancêtre issu d’une communauté peu représentée dans les archives (migrants, populations rurales, minorités ethniques), l’IA aura plus de mal à t’aider. Ce n’est pas de sa faute : c’est simplement le reflet des trous dans les données qu’on lui a données.

En résumé :

Mon conseil : Utilise l’IA comme un outil d’exploration, mais garde toujours un œil critique. Si elle te propose une piste, demande-toi : « Est-ce que cette info est cohérente avec ce que je connais déjà ? Est-ce qu’elle pourrait être influencée par un manque de données sur ce sujet ? » C’est comme ça que tu éviteras de te faire piéger par ses angles morts.

Pourquoi ne jamais partager des données de personnes vivantes avec une IA ?

L’IA est un outil puissant, mais elle n’est pas un coffre fort. Quand tu lui confies des informations, surtout des données personnelles (noms, dates de naissance, adresses, photos, etc.), tu perds le contrôle sur ce qui peut en être fait. Voici pourquoi il faut absolument éviter de lui donner des détails sur des personnes vivantes — y compris toi ou tes proches.

1. La confidentialité n’est pas garantie. Même si tu utilises une IA en mode « privé » ou « anonyme », tes données peuvent être stockées, analysées, ou même réutilisées sans que tu le saches. Certaines plateformes conservent les échanges pour améliorer leurs modèles, et des fuites de données arrivent plus souvent qu’on ne le pense.

2. L’IA ne sait pas protéger les secrets. Tu crois peut-être que ton arbre généalogique n’intéresse personne, mais des informations en apparence anodines (un lieu de résidence, un métier, des liens familiaux) peuvent être exploitées par des personnes mal intentionnées.

3. Le respect de la vie privée, une priorité. En France et en Europe, le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) encadre strictement l’utilisation des données personnelles. En partageant des infos sur des vivants sans leur consentement, tu risques non seulement de les exposer, mais aussi de ne pas respecter la loi. Et même si tu as leur accord, une IA n’est pas un coffre-fort : elle ne peut pas garantir que ces données resteront confidentielles.

4. Les erreurs sont difficiles à corriger. Si l’IA se trompe en recoupant des infos (par exemple, en associant une personne à une mauvaise adresse ou à un événement qui ne la concerne pas), il est quasi impossible de « rétracter » ces données une fois qu’elles ont été traitées.

Mon conseil :

La généalogie, c’est avant tout une question de confiance — celle de ta famille, et la tienne. L’IA peut t’aider à explorer le passé, mais le présent, lui, doit rester protégé.

L’IA, un outil pour gagner du temps… mais pas une solution miracle

L’IA est incroyable pour :

Mais attention, elle ne fait pas tout ! Elle ne remplace pas ton esprit critique, ta capacité à recouper les informations, ou ton intuition de généalogiste.

Mon expérience : J’ai testé plusieurs outils d’IA pour analyser des actes d’état civil. Certains résultats étaient bluffants, d’autres complètement à côté de la plaque. La clé ? Toujours vérifier les informations qu’elle te donne.

Comment traiter les données proposées par l’IA ?

L’IA te donne des réponses, mais c’est à toi de les valider. Voici comment faire :

  1. Recoupe les informations : Ne prends jamais une réponse de l’IA pour argent comptant. Compare-la avec d’autres sources (archives, registres, témoignages familiaux).
  2. Vérifie les sources : Si l’IA te cite un document, va le consulter toi-même pour t’assurer qu’il existe et qu’il est bien interprété. Si elle te cite pas de document, il est important de lui demander sa source et d’effectuer une vérification de son interprétation.
  3. Sois critique : Pose-toi les bonnes questions : Est-ce que cette information a du sens dans le contexte de ma recherche ? Est-ce qu’elle est cohérente avec ce que je sais déjà ?

Piège à éviter : Ne pas tomber dans le syndrome de la « réponse facile ». L’IA peut te donner l’impression d’avoir trouvé la solution en un clic, mais une recherche généalogique ou historique solide demande du temps et de la rigueur.

L’IA et la généalogie : une alliance à apprivoiser

Mon objectif avec l’IA ? L’apprivoiser pour qu’elle devienne une alliée. Je teste, je compare, je décrypte… et je te partage ce qui marche (et ce qui ne marche pas).

Un exemple : J’ai utilisé une IA pour analyser un acte de mariage illisible. Elle m’a proposé une transcription, mais en recoupant avec d’autres actes, j’ai réalisé qu’elle avait confondu deux prénoms. Sans ma vérification, j’aurais ajouté une erreur à mon arbre !

Conseil : Utilise l’IA comme un assistant, pas comme un expert. Elle peut te donner des idées, mais c’est toi qui décides ce qui est valable.

L’IA ne remplacera jamais l’humain

Au fond, la généalogie reste une aventure humaine. Les émotions, les histoires, les coïncidences… tout cela, l’IA ne peut pas le comprendre. Elle ne ressent pas l’excitation de découvrir un ancêtre inconnu, ni la frustration de tomber sur une impasse.

Mais elle peut t’aider à avancer plus vite, à explorer des pistes que tu n’aurais pas imaginées, et à organiser tes données. À toi de trouver le bon équilibre entre technologie et intuition.

Et toi, tu en penses quoi ?

Tu as déjà utilisé des outils d’IA pour tes recherches ? Quels ont été tes résultats ? Partage ton expérience en commentaire, j’ai hâte de savoir comment tu l’intègres (ou pas) dans ta pratique généalogique ! Et surtout sois prudent.e avec les données que tu lui donnes et les résultats qu’elle te propose !